Le règne du crépuscule
Il est des rencontres qu’on cesse d’espérer, à force de rendez-vous manqués. Ce n’est pas affaire de rareté, mais de hasard, cet aléa qui vous détourne de vos rêves sans prévenir, et vous y ramène de la même façon.
À Foix, disait-on, un grand-duc avait fait son nid. Je m’étais promis d’aller voir. Certaines évidences ne se commandent pas ; elles s’imposent, et l’on obéit.
Le déplacement s’imposait donc, pour vérifier de mes yeux ce que les rumeurs se contentaient de murmurer.
Et quel décor. Leur suite royale trônait au pied du château, insolente, majestueuse, dominant sans un regard la vie des hommes qui le lui rendaient bien.
Quelques badauds s’approchaient, la voix trop forte : « Ils sont là ? Vous les avez vus ? »
D’autres passaient tête baissée, par crainte de tomber dans le piège de l’émerveillement.
Les plus pressés n’y voyaient qu’une curiosité de plus, vite oubliée.
À cet instant, leur nombre restait une énigme, deux, trois peut-être. Une seule certitude : nous nous tenions face à eux, ou plutôt dessous, comme il sied devant les puissants.
Ces félons dignes de Roger-Bernard III, seigneurs des hauts pays, perpétuaient la vieille habitude d’être rebelles à tout suzerain.
Notre présence, discrète, n’était pas invisible pour autant. Nous nous observions, eux et nous, par curiosité autant que par intérêt. Il fallait bien apprendre à cohabiter.
À force d’assiduité, nous avons compris que la fratrie s’était séparée. Un polisson se planquait dans les hautes herbes jouant les arlésiennes, invisible, quand les deux autres s’essayaient à tire-d’aile entre vol et survol, aussi à l’aise dans les airs qu’approximatifs à l’atterrissage. L’image même de l’apprentissage : on n’entre pas dans la vie sans quelques déconfitures.